Eric Deffer, « Le Soir », 4 janvier 2021

Le début de la législature envisagé par le gouvernement a été perturbé par la crise sanitaire. Du coup, l’année 2021 s’annonce comme un nouveau départ pour la Région. Enfin !

Le gouvernement présidé par Elio Di Rupo a soutenu les secteurs économiques en souffrance et colmaté les brèches sociales ouvertes par les conséquences de la crise sanitaire. – Belga.

On laissera le lecteur juge pour tout le reste, mais en matière de calendrier, les Wallonnes et les Wallons sont comme tous les citoyens de ce pays et du monde : ils aspirent à voir s’éloigner cette funeste année 2020 et croisent les doigts pour que le millésime qui débute soit celui du renouveau ou en tout cas d’un nouveau départ pour un monde d’après-covid.

D’un point de vue politique, c’est en tout cas l’engagement pris par le gouvernement régional qui s’active sur un chantier présenté comme essentiel : le plan « Get Up Wallonia ! ». Près d’un an après les premiers soubresauts de la crise, il n’est pas trop tard, mais il est grand temps de passer à l’acte.

Il faut toujours un plan

Coup d’œil dans le rétro. A la fin de l’été 2019, le PS, le MR et Ecolo s’alliaient avec l’ambition de contribuer au redressement d’une Wallonie dont les principaux paramètres socio-économiques laissaient toujours à désirer.

Rien de très original à ce stade : depuis l’effondrement des secteurs industriels lourds, le même objectif a été affiché par toutes les coalitions et donc tous les partis au pouvoir.

Petite originalité : la Déclaration de politique régionale précisait que le plan (parce qu’il faut toujours un plan…) serait « de transition » et viserait à la fois l’économie, les réalités sociales, dont l’emploi et le modèle écologique à travers la lutte contre le réchauffement climatique et la protection de l’environnement.

La méthode avait été précisée par Elio Di Rupo (PS), ministre-président : « L’établissement d’un diagnostic précis de la Wallonie permettra de fixer des objectifs pertinents pour assurer un déploiement optimal de la Région. Notre intention est d’identifier un nombre restreint d’objectifs clairs, lisibles, appréhendables collectivement. Ces objectifs seront mesurés par des indicateurs utiles. »

Nous étions le 6 mars 2020. Le nouveau gouvernement avait pris quelques mois pour prendre ses marques, personne ne s’en offusquait. Mais personne n’imaginait non plus que dix jours après cette déclaration, un méchant virus venu d’Asie viendrait, tel un tsunami sanitaire, noyer sous d’autres priorités les perspectives tracées par le « Premier » wallon.

La transition patientera

En quelques jours à peine, la santé de la population devenait l’urgence absolue, question de vie ou de mort, il est vrai. Qu’elle soit écologique, économique ou sociale, la transition envisagée par les trois partis de la majorité devrait patienter et rentrer dans le rang.

Elio Di Rupo avait promis une stratégie détaillée pour le printemps 2020, soit un an après les élections, ce qui paraissait déjà tardif. Mais par la faute du covid-19, atteindre cet objectif ne fut plus envisageable dès la fin du mois de mars : la crise sanitaire venait chambouler toutes les politiques envisagées, rebattre toutes les cartes et obliger rapidement les décideurs à réfléchir à d’autres échéances bien plus lointaines.

On sait ce qu’il en advint : dès le mois d’avril, le gouvernement en confinement lançait l’idée d’un autre plan, post-épidémie celui-là. Petit nom de code : « Get up Wallonia ! ». Avec, pour en savoir plus, l’objectif du printemps… 2021 cette fois. Le calcul était vite fait : le temps que les mesures envisagées se concrétisent, cela nous conduirait pratiquement à la moitié de la législature 2019-2024. Fichu coronavirus, tout de même !

Peut-on pour autant considérer que les deux années qui se seront écoulées depuis la prise de pouvoir de la tripartite auront été inutiles, une sorte de parenthèse pour l’ambition wallonne ?

Considérons d’abord que le gouvernement wallon a « fait le job » face à la crise et qu’il n’avait évidemment pas le choix. A coups de centaines de millions, il a soutenu les secteurs économiques en souffrance et colmaté les brèches sociales ouvertes par les conséquences de la crise sanitaire. Dans ces conditions, il a eu raison de bouleverser l’ordre de ses priorités avec, en prime, la perspective d’un soutien de l’Europe en matière de flexibilité budgétaire et de relance.

Malgré les drames, la crise a aussi mis en évidence une Wallonie capable de résilience et de réactivité, mais aussi d’innovation technologique et de mobilisation créatrice. Un espoir pour l’avenir.

Soulignons aussi que les prémisses de la transition économique, sociale et économique annoncée dès 2019 et même du plan « Get Up Wallonia ! », toujours dans les limbes, apparaissent déjà en filigrane de nombreuses décisions prises par le gouvernement, de semaine en semaine. Elles portent par exemple sur la modernisation des infrastructures, avec une priorité accordée aux modes lents de déplacement et à la construction de logements à haute performance énergétique. Ou sur la plantation massive de haies…

Les compteurs à zéro

Plus fondamentalement et sans attendre l’éradication du covid-19, l’exécutif a encore jeté les bases d’un projet transversal dont on mesure difficilement l’impact qu’il aura sur l’avenir de la Wallonie, mais qui pourrait s’avérer déterminant : le budget base zéro.

D’ordinaire, les moyens affectés annuellement à chaque politique se calculent au départ des budgets et des comptes des années précédentes : on libère des montants un peu moins ici, un peu plus là-bas, en fonction des besoins pressentis et de la capacité de persuasion des ministres.

Comme son nom l’indique, un budget base zéro fait table rase du passé : les compteurs sont remis à… zéro et les besoins réels sont intégralement recalculés, en évacuant les réflexes comptables et la force de l’habitude.

Si les cabinets et les administrations jouent le jeu d’une telle révolution, la Wallonie devrait bénéficier dans deux ou trois ans d’une nouvelle architecture budgétaire, loin du « business as usual ». De quoi lui permettre de rebâtir des politiques originales sur des bases novatrices voire décoiffantes.

Ce budget base zéro serait alors le bras armé de la relance wallonne et du plan « Get Up Wallonia ! » qui se peaufine actuellement en coulisses et qui doit aider la Région à repartir de plus belle avec l’appui de l’Union européenne.

En attendant, l’analogie est facile : au-delà du budget, l’année 2021 doit être une « base zéro » pour la Wallonie, dans toutes ses dimensions. Une grande claque aux mauvaises habitudes, une audace retrouvée, l’imagination au pouvoir. Un nouveau départ, enfin.

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