Pour l’économiste Etienne de Callataÿ, si des investissements sont évidemment nécessaires suite aux intempéries, il faudra prioriser et arbitrer. Le spécialiste rappelle que le discours politique d’un endettement « à volonté » est dangereux.

Des emprunts seront nécessaires pour reconstruire les zones sinistrées… Mais gare à la banqueroute de la Région wallonne, souligne l’économiste Etienne de Callataÿ.

Amandine Cloot – Journaliste au service Economie – « Le Soir », 21 juillet 2021

La dette wallonne va-t-elle exploser avec les intempéries ? Les deux milliards d’investissement annoncés mardi par le gouvernement ne seront peut-être pas suffisants…

Je serais incapable de dire si cette somme est suffisante ou non. Il est en tout cas certain que la Wallonie devra dans un premier temps se soucier de sa capacité d’absorption : bien sûr qu’il faut reconstruire, bien sûr que le risque climatique est tout en haut de l’échelle, mais le coût des investissements pourrait sensiblement monter si la demande est trop forte, s’il y a pénurie et rareté de l’offre. Notamment dans la construction. Les provinces, les communes vont devoir faire des arbitrages et prioriser.

Le discours du gouvernement mardi ne donnait pas particulièrement cette impression…

Il est tout à fait compréhensible que l’homme et la femme politique fassent preuve d’empathie avec la population. Le contraire, avec la menace du populisme, serait même irresponsable. Mais laisser sous-entendre que s’endetter est gratuit, que l’argent est disponible à souhait sans conséquence pour l’avenir, comme le font certains, est un argument dangereux.

Parce qu’on ne peut plus se permettre de faire encore gonfler la dette wallonne ?

C’est une très mauvaise nouvelle. La situation budgétaire de la Région est déjà très tendue, la pandémie n’a rien arrangé. La Wallonie s’expose toujours un peu plus à une potentielle remontée des taux (sa dette directe a augmenté de 120 % en 5 ans, NDLR). Actuellement, les charges sont effectivement soutenables mais ce ne sera peut-être pas toujours le cas.

Pourquoi hésiter quand le financement sur les marchés est si aisé et si bon marché…

Aujourd’hui, les marchés financiers ne sont pas frileux : ils prêtent aisément de l’argent à une entité publique comme la Région wallonne. Trouver ce milliard annoncé à taux bas (la moitié de l’investissement sera rassemblée via un emprunt, NDLR) ne devrait poser aucun problème. Mais souvenez-vous de l’emprunt Leterme à 4 %… Une Région, par ailleurs, n’a pas les mêmes armes qu’un Etat et n’a pas de banque centrale ! En d’autres mots, les marchés financiers prêtent pour l’instant à de bonnes conditions mais ils peuvent aussi changer d’avis. S’endetter plus, cela veut dire dépendre toujours un peu plus d’eux… Il y a deux échéances importantes : 2024, d’abord avec une Wallonie de plus en plus affaiblie face à la Flandre. Et dans 10 ans, quand des emprunts publics arriveront à échéance et qu’il faudra réemprunter. Les conditions pour la Wallonie, qui n’aura pas le choix, devra se refinancer, ne seront peut-être plus les mêmes. Le pire des scénarios, ce seraient des taux qui explosent à 4, à 8 % pour la Région avec des conséquences évidentes sur les entités locales et sur la population. Sans oublier, cette perspective d’une scission du pays, difficile à aborder un 21 juillet, mais qui isolerait complètement les Wallons.

Un commentaire

  1. Ce qui se passe en Wallonie est dramatique. C’est un drame humain doublé d’un problème financier résultat d’une gestion calamiteuse. C’est malheureusement presque la fable de la cigale et la fourmi.
    A entendre nos responsables politiques, on a vite compris que bientôt nous n’aurons plus que nos yeux pour pleurer.

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