Jules Gheude

Bart De Wever répond à Conner Rousseau: “S'il continue avec ces  communistes, c'est lui-même qui rompt un cordon sanitaire” | Belgique |  7sur7.be

Quand je roule à Molenbeek, moi non plus je ne me sens pas en Belgique.

Non, ces propos n’émanent pas d’Eric Zemmour ou de Marine Le Pen, mais de Conner Rousseau, le président des socialistes flamands, lors d’une interview accordée à l’hebdomadaire « Humo » en avril dernier.

Réaction indignée d’Ahmed Laaouej, le chef de groupe du PS à la Chambre : Les propos de Conner Rousseau sont intolérables. Stigmatisants et xénophobes. Bruxelles est une région cosmopolite avec des quartiers connaissant une grande diversité de population. Ils méritent mieux qu’un mépris digne d’une discussion de bistrot. Lamentable et insupportable.

Le fait de partager le même bâtiment du boulevard de l’Empereur à Bruxelles n’empêche pas, on le voit, le PS et Vooruit d’emprunter des chemins sensiblement différents.

Les relations entre les deux formations s’étaient d’ailleurs fortement détériorées après le scandale du Samusocial à Bruxelles. John Crombez, alors président du SP.A, s’était dit dégoûté par le comportement d’Yvan Mayeur. Le degré de perversité du PS bruxellois n’a pas de limite, avait-il  précisé, menaçant de quitter la majorité ruxelloise si le bourgmestre ne démissionnait pas. 

Il y eut ensuite la sortie du livre « Nouvelles conquêtes », dans lequel Elio Di Rupo, talonné par le PTB, se prononçait pour une radicalisation de stratégie au PS. Une radicalisation qui n’était pas du goût de John Crombez : Les recettes proposées par Elio Di Rupo s’éloignent fortement des nôtres. La société que je désire est très différente de la sienne. Pour les observateurs, la rupture idéologique était consommée.

Il est intéressant de voir comment les choses vont évoluer d’ici les prochaines élections de 2024 (à condition que la coalition Vivaldi se maintienne jusque-là).

Le dernier Grand Baromètre de RTL/ Le Soir donne en effet un Vooruit se situant désormais à 16,8% – soit une progression de 2% – et devenant ainsi la troisième formation flamande après la N-VA (21,6%) et le Vlaams Belang (21,5%).

Il n’en faut pas plus pour que d’aucuns imaginent déjà un duel avec Paul Magnette, le président du PS, pour le poste de Premier ministre. Certes, la progression de Vooruit est significative, mais le parti est encore loin des 22,9% dont est crédité actuellement le PS. Il est vrai aussi que la politique réserve parfois d’étonnantes surprises.

En attendant, que doit penser Paul Magnette lorsque son homologue flamand salue l’action politique menée par le président de la N-VA, Bart De Wever ? Dans une interview accordée au « Morgen », au début septembre, Conner Rousseau déclarait en effet : Je fais davantage confiance au bourgmestre d’Anvers qu’à d’autres personnalités politiques. De Wever assure la cohésion et nous donne l’espoir nécessaire pour faire notre travail. Les gens n’aiment peut-être pas entendre cela à gauche, mais il tient parole et fait des compromis et si cela est vraiment le cas, alors il semble qu’une collaboration avec la N-VA soit possible. 

On aura compris que l’intention de Conner Rousseau est d’isoler/court-circuiter l’extrême-droite en Flandre. Sauf celle-ci, tout comme la N-VA, vise le démantèlement du Royaume de Belgique et l’émergence d’une République flamande. 

Si, au lendemain des prochaines élections législatives et régionales, la N-VA et le Vlaams Belang réussissent à dégager ensemble une majorité absolue au Parlement flamand, on voit mal comment Conner Rousseau pourrait les empêcher de proclamer unilatéralement l’indépendance de la Flandre. 

Il y a dix jours, le président de Vooruit avait tenu à lancer cette mise en garde : Si la N-VA va quelque part avec le Vlaams Belang, alors je fais exploser toutes les coalitions avec la N-VA.

Mais que vaut vraiment pareil avertissement ? Une 7ème réforme de l’Etat est attendue pour 2024 et Conner Rousseau sait fort bien que Bart De Wever ne la conçoit que dans une optique confédérale, qui videra l’échelon central belge de la plupart de ses compétences, dont la sécurité sociale… Si cette revendication ne peut être satisfaite et si une alliance avec le Vlaams Belang lui permet de larguer les amarres d’avec l’Etat belge, le président de la N-VA commettrait une erreur tactique en laissant passer l’occasion. 

Pour revenir au cordon sanitaire (dont les médias flamands ne tiennent d’ailleurs aucun compte), force est de constater que Conner Rousseau – tout comme les médias francophones… – ne l’applique qu’au seul Vlaams Belang, considérant que l’extrême gauche ne représente aucun danger pour la démocratie. 

C’est cette ambiguïté, on pourrait dire cette hypocrisie, que Bart De Wever a tenu à fustiger ce dimanche, sur le plateau de VTM, en faisant référence aux coalitions que Vooruit a constituées avec le PVDA (PTB) à Zelzate et dans le district anversois de Borgerhout : S’il continue avec ces communistes, c’est lui-même qui rompt un cordon sanitaire, pour autant qu’un tel cordon doive exister. J ‘attends qu’il soit conséquent et que ces coalitions disparaissent.

Et le président de la N-VA de clarifier sa position quant au Vlaams Belang : J’attends toujours le changement dans ce parti. Ils passent d’un incident à un autre, ce qui rend ce parti difficilement fréquentable. Avec sa rancœur, il retombe toujours dans les problèmes. S’ils font un jour ce nettoyage, alors pour moi, ça peut se faire. Mais les seuls qui en décideront seront les membres de la N-VA, et je ne pense pas que Conner Rousseau soit membre de la N-VA.

  1. Dernier livre paru : « La Wallonie, demain – La solution de survie à l’incurable mal belge », Editions Mols, 2019.

Laisser un commentaire