« Le Soir », Eric Deffet, 5 décembre 2022

L’an dernier, l’agence de notation avait dégradé l’appréciation de la Région juste avant les débats budgétaires. Cette fois, la note se fait attendre. Suspense : le déficit est revu à la baisse, mais la dette continue de s’accroître.

Pour Adrien Dolimont, “il est faux de dire que la dette wallonne est  ingérable” | Belgique | 7sur7.be
Adrien Dolimont, ministre wallon du Budget

L’ombre de Moody’s plane sur les débats budgétaires qui ont débuté ce lundi au parlement de Wallonie. L’agence de notation doit publier dans les prochains jours son appréciation sur les finances régionales : « Une dégradation de la note de la Région pourrait avoir un impact sur les taux des emprunts auxquels la Région se finance », souligne ainsi la Cour des comptes dans son analyse du budget 2023.

L’an dernier, Moody’s avait eu le bon goût de publier son bulletin avant les débats parlementaires. Même si le coup était rude, le cadre était fixé : maintenue en catégorie « qualité moyenne supérieure », la note attribuée à la Wallonie se dégradait de A2 à A3, avec néanmoins une « perspective stable ». Une demi-(mauvaise) surprise puisque, un an plus tôt, l’agence avait assorti la note d’une mention « perspective défavorable ».

Efforts convaincants ?

Qu’en sera-t-il cette fois-ci ? Les finances régionales sont toujours « dans le dur », malgré la confirmation d’un effort structurel amplifié (250 millions en 2023 plutôt que les 150 millions prévus) pour assurer la soutenabilité de la dette : 97 millions sur les crédits de Christie Morreale (PS), 43 du côté de Willy Borsus (MR) ou 22 chez Philippe Henry (Ecolo), par exemple. Mais en parallèle, la guerre en Ukraine et ses conséquences sur les prix de l’énergie imposent des efforts complémentaires aux finances publiques, après ceux liés à la crise sanitaire et aux inondations.

En décembre 2022, Jean-Luc Crucke (MR), alors ministre du Budget, avait affiché sa sérénité à l’égard de la dégradation de la notation de la Wallonie : « Entre les perspectives d’une notation et une aide urgente à apporter à la population, le choix me paraît limpide. »

Un an plus tard, son successeur, Adrien Dolimont, affronte son premier débat budgétaire de plein exercice avec des arguments à faire valoir, comme la prolongation (pour deux années seulement) du contrat caissier avec Belfius ou une capacité d’emprunt sur les marchés qui ne s’est pas démentie cet automne. Mais le passif (déficit, dette) et les enjeux du futur (soutien aux secteurs en crise, plan de relance) pèseront lourd dans la balance.

Pas de panique à ce stade : « Notre notation conditionne l’intérêt des investisseurs pour la Région et indirectement le coût de nos emprunts. En cette période compliquée, il est important de garantir l’attractivité de la Wallonie sur les marchés. Non pas pour faire plaisir à des agences ou au marché mais simplement pour avoir les moyens financiers nécessaires pour mener nos politiques », dit le nouveau ministre

Adrien Dolimont témoigne d’un début d’optimisme qu’il faudra confirmer dans les prochains jours : « Je pense que nous avons pu démontrer que les engagements pris ont été tenus et même renforcés par des objectifs en phase avec les besoins et les contraintes de la Région. Nous avons des éléments positifs à faire valoir pour maintenir notre note. »

Pour 2023, le gouvernement PS-MR-Ecolo reste en effet dans les clous fixés en début de conclave budgétaire : le solde brut à financer (différence entre recettes et dépenses) est de 3,131 milliards (2,576 milliards, après corrections SEC). C’est globalement un milliard de déficit de moins par rapport à l’initial 2022.

Trucs et astuces

Il faut dire que le Comité régional du Trésor n’avait pas laissé le choix à l’exécutif : le montant maximum finançable sur les marchés financiers ne pourra pas dépasser 2,5 milliards d’euros l’an prochain pour éviter l’impact trop lourd de la modification des conditions de financements, de la baisse des liquidités et de l’augmentation des taux directeurs. Pour faire face à ses dépenses, le gouvernement bénéficiera en outre de 500 millions non consommés en 2022.

En plus des efforts sur la dette, tout cela semble en mesure de rassurer Moody’s. C’est l’espoir du gouvernement qui continue toutefois à traîner un fameux boulet : la dette directe est passée de 7,9 à 20,6 milliards entre 2015 et 2021 et devrait atteindre 25,9 milliards à la fin de 2023. Avec la dette indirecte, l’ardoise culmine largement au-delà des 30 milliards.

Commentant le budget 2023, la Cour des comptes mentionne aussi plusieurs trucs et astuces comptables qui permettent mine de rien d’améliorer le profil des finances régionales. Ainsi, les tableaux budgétaires ne mentionnent ni la part wallonne de la dette relative aux hôpitaux (4,8 milliards à répartir entre les entités fédérées) ou la part de l’indemnisation des sinistrés des inondations mise à charge de la Région et estimée à 1,4 milliard.

La récupération de 831 millions sur les trésoreries des organismes para-régionaux n’est en outre qu’une pure opération comptable, qui offre une bouffée d’oxygène, mais ne modifie pas les équilibres budgétaires régionaux.

La Cour des comptes prévient donc : « Moody’s a souligné que la notation de la Région pourrait se dégrader en cas d’augmentation significative de sa charge d’intérêts et/ou d’absence de maîtrise du déficit budgétaire. Une dégradation pourrait également se produire si l’accès au marché de financement s’avérait plus difficile à l’avenir. »

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