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Le jour où la Flandre larguera définitivement les amarres, la Wallonie se retrouvera seule, à son corps défendant, privée des transferts financiers (quelque 7 milliards d’euros par an).

D’aucuns continuent d’affirmer qu’elle pourrait très bien s’en sortir. Qu’ils consultent les statistiques de l’IWEPS (Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique). Celles-ci estiment, pour 2020, le PIB wallon à 95,505 milliards d’euros, soit 23,2% du PIB belge.

Sachant que la dette publique belge s’élève aujourd’hui à plus de 453 milliards d’euros, il est simple de voir dans quelle situation se trouverait la Wallonie si le partage de la dette belge devait s’effectuer en prenant le PIB comme critère.

Jules Gheude, essayiste politique (1)

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Dans une opinion publiée qur le site du « Vif », l’économiste et philosophe Philippe Van Parijs invite les citoyens des trois régions « à redessiner ensemble un état fédéral qui fonctionne ».

Fort bien.

Ce n’est qu’en 1993 que la Constitution belge a reconnu officiellement que la Belgique était un Etat fédéral. Et au même moment, le concept du confédéralisme était lancé par le ministre-président flamand CVP Luc Van den Brande. Le 13 janvier 1993, celui-ci précisait : « Mes collègues de l’exécutif flamand, socialistes compris, se rallient à mes déclarations sur le confédéralisme. »

Six ans plus tard, le Parlement flamand adoptait les cinq résolutions allant dans ce sens.

Pour la Flandre, les choses sont donc claires : elle a tourné la page du fédéralisme depuis vingt-et-un ans! Et elle n’entend plus poursuivre le mécanisme de la solidarité avec une Wallonie « de gauche » qui, à ses yeux, n’a pas su profiter, depuis 1980, des outils mis à sa disposition par la régionalisation. Les transferts financiers vont progressivement disparaître à partir de 2024.

On sait fort bien que le confédéralisme voulu par la Flandre repose sur une structure à deux Etats – Flandre et Wallonie -, chaque habitant de la Région bruxelloise étant invité à choisir, pour ce qui concerne les matières dites « personnalisables » (impôts, sécurité sociale,…) entre le paquet flamand et le paquet wallon.

Réduite ainsi à sa plus simple expression – une coquille vide! -, la Belgique ne tarderait pas à être considérée comme totalement superflue.

Karel De Gucht, alors qu’il présidait les libéraux; l’avait bien dit en 2002 : « La Belgique est condamnée à disparaître à terme, à s’évaporer. »

Que ce soit sous la forme unitaire ou fédérale, la Belgique n’a pas permis la cohabitation sereine et harmonieuse de ses deux grandes Communautés.

Lors d’un débat organisé à l’Université de Liège, en 2011, sur l’après-Belgique, j’avais posé en public la question suivante à Philippe Van Parijs : « Y a-t-il, selon vous, une Nation flamande? Répondez-mois par oui ou par non. »

La réponse fut « oui »!

Tout est dit. Le fait que la Flandre soit une Nation est totalement incompatible avec le maintien du Royaume.

La conclusion logique qui s’impose dès lors n’est pas de « redessiner ensemble un Etat fédéral qui fonctionne » (on sait que c’est impossible!), mais bien de se mettre calmement ensemble autour de la table pour négocier les modalités de l’inéluctable divorce.

Georges-Louis Bouchez, le président du MR, considère le séparatisme comme « ringard ». Mais lorsqu’un mariage forcé (ce fut bien le cas en 1830) aboutit à ce que les conjoints ne se comprennent plus et se chamaillent en permanence, la solution raisonnable consiste à mettre fin à leur contrat.

Les Etats-Généraux de Wallonie, que nous avons organisés à l’Université de Liège en 2009, ainsi que les travaux menés par le Gewif (Groupe d’Etudes pour la Wallonie intégrée à la France – www.gewif.net) ont préparé le terrain de manière constructive.

Rien ne dure éternellement, tout bouge. 

L’URSS s’est démantelée, l’Allemagne s’est réunifiée, la Tchécoslovaquie n’existe plus, la Fédération yougoslave a disparu, le Royaume-Uni est sorti de l’Union européenne et pourrait bien se retrouver… désuni (Ecosse, Irlande). Les choses bougent en Catalogne…

Durant des siècles, les populations n’ont pas eu voix au chapitre. Elles furent ballotées au gré des guerres et des mariages princiers. Les Etats ne sont finalement que des monstres froids.

Aujourd’hui, le droit des peuples à s’autodéterminer est reconnu. On ne va pas s’en plaindre !

La fin de la Belgique ne signifiera nullement l’apocalypse. Mais il faut que la Flandre réfléchisse à respecter ce principe énoncé clairement par feu Xavier Mabille, le président du CRISP, en 2007 : « La Flandre – ou du moins une majorité parmi les personnes et les institutions qui en assurent l’expression politique – pourrait décider de son autodétermination. Elle ne déciderait pas pour autant du même coup du destin de la Wallonie ni de celui de Bruxelles » (2).

Pour le dire autrement, la Flandre ne pourrait pas profiter de l’enclavement de Bruxelles dans son territoire pour se l’approprier. 

Lorsqu’un Etat est amené à disparaître, le droit international applique le concept de l’ « uti possidetis iuris » (tu posséderas comme tu as possédé), destiné à garantir l’intégrité territoriale des Etats voisins. Ce principe, qui s’applique aux frontières extérieures de l’Etat qui disparaît, a toutefois été étendu par l’Union européenne aux frontières administratives internes (Rapport de la Commission Badinter en 1992). 

Pour ce qui concerne la Belgique, ces frontières administratives internes sont celles des trois Régions, puisque les Communautés flamande et française ne peuvent être géographiquement délimitées. Et Bruxelles a beau être enclavée en territoire flamand, elle possède, en tant que Région à part entière, ses propres frontières.

(1) Dernier livre paru : « La Wallonie, demain – La solution de survie à l’incurable mal belge », Editions Mols, 2019.

(2) Préface à mon livre « L’incurable mal belge sous le scalpel de François Perin », Editions Mols.