Elu pour la troisième fois à la tête de la Collectivité de Corse et y disposant désormais de la majorité absolue, Gilles Simeoni appelle l’Etat français à devenir le partenaire du projet d’autonomie qu’il défend. Un dossier qu’Emmanuel Macron ne peut se permettre d’ignorer.

Editorial du « Monde », 2 juillet 2021

La réélection en majesté de l’autonomiste Gilles Simeoni à la tête de la Collectivité de Corse restera comme un des faits marquants du scrutin régional. Non seulement l’île n’a pas été touchée par l’abstention massive qui a frappé la métropole, mais ses électeurs ont choisi de clarifier le paysage politique en renforçant les pouvoirs de celui qui en préside le conseil exécutif depuis 2015.

Réélu fin 2017 dans le cadre d’une coalition réunissant sa propre formation, Femu a Corsica, les indépendantistes de Corsica libera, dirigés par Jean-Guy Talamoni, et l’autre composante autonomiste, le Parti de la nation corse, conduit par Jean-Christophe Angelini, le sortant avait décidé, cette fois, de partir en solo. Pari risqué mais pari gagné : il a obtenu une majorité absolue de 32 sièges sur 63. Il appelle désormais l’Etat français à devenir le partenaire du projet d’autonomie qu’il défend.

Depuis trois ans, les relations entre l’Etat et les dirigeants nationalistes corses sont marquées du sceau de l’incompréhension réciproque. La tension a connu son point culminant lors du déplacement d’Emmanuel Macron sur le territoire, en février 2018. Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni avaient alors demandé au chef de l’Etat de reconnaître le « caractère politique de la question corse ». En retour, le président de la République les avait invités à exercer pleinement les responsabilités que leur confère déjà l’actuel statut avant d’en exiger de nouvelles. Le ton présidentiel avait été perçu comme une humiliation.

Le blocage politique qui en a résulté a empêché une évolution sereine du dossier corse, en dépit des efforts déployés par Jacqueline Gourault, la ministre chargée du dossier. Les crédits de l’Etat n’ont pas été négligeables, ni négligés, mais aucun accord politique n’a été trouvé et beaucoup de dossiers sont restés en souffrance.

Pragmatisme

La réélection de M. Simeoni change la donne. Cette fois, l’autonomiste est débarrassé de son alliance parfois encombrante avec le président indépendantiste de l’Assemblée de Corse, M. Talamoni. Il s’est affranchi du carcan des équilibres entre les différentes fractions nationalistes qui ont largement contribué à paralyser l’action de la précédente mandature. Il lui appartient à présent de lever tout soupçon de compromission avec certains intérêts clanistes.

Certes, les nationalistes corses continuent de revendiquer « une autonomie de plein droit et de plein exercice », mais ils ne peuvent ignorer que l’appui de l’Etat reste déterminant. La crise due au Covid en a été une nouvelle illustration. De son côté, le président de la République ne peut balayer d’un revers de main ce score aux élections territoriales, qui accorde près de 70 % des voix au second tour aux listes nationalistes.

Le pragmatisme du chef de l’Etat comme celui du président du conseil exécutif devraient conduire à renouer un dialogue fructueux. Encore faut-il que des gestes soient faits. Il est regrettable, à cet égard, que l’exécutif n’ait pas adressé de signe plus ostensible de volonté de rapprochement depuis dimanche 27 juin. D’autant que la réduction électorale du courant indépendantiste comporte un risque : réanimer des mouvements clandestins, certes groupusculaires, mais qui se sont manifestés dans les semaines précédant les élections. A neuf mois de la présidentielle, M. Macron ne peut pas se permettre de voir le dossier corse s’inviter dans le débat politique à cause de nouvelles « nuits bleues ». L’heure est à la restauration du dialogue.

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