Jules Gheude, essayiste politique (1)

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L’étude démographique que vient de mener l’économiste-philosophe Philippe Van Parijs  (KU Leuven) l’amène à constater qu’en dix ans, la part des Bruxellois dont les deux parents ont la nationalité belge est passée d’à peine 36% à 26%. Et pas moins de trois quarts des Bruxellois sont issus de l’immigration : Il y a plus de Bruxellois d’origine marocaine que de Flamands ou de Wallons. Et de conclure : Bruxelles n’est plus la Belgique, et la Belgique va devenir de plus en plus Bruxelles.  Les enfants qui fréquentent l’école à Bruxelles aujourd’hui iront souvent en Flandre et en Wallonie à l’avenir. Généralement vers le Brabant flamand ou wallon, mais la saturation et les prix de l’immobilier vont les pousser de plus en plus loin. 

Un tel discours, qui rejoint la théorie du grand remplacement développée par le Français Eric Zemmour, sous-entend que toute politique d’intégration est d’emblée vouée à l’échec.

On sait aussi qu’en matière institutionnelle, Philippe Van Parijs défend l’idée d’une Belgique à 4 Régions, avec une Région bruxelloise où l’usage de l’anglais serait généralisé.

Tout cela pourrait-il amener la Flandre à revoir ses ambitions à l’égard de Bruxelles, dont elle a fait sa capitale et le siège de ses institutions ? Autrement dit, la Flandre serait-elle prête à lâcher Bruxelles ?

On se souvient des propos tenus en octobre 2021 par Bart De Wever à propos de cette Belgique à 4 : Les Flamands sont-ils vraiment en train de construire la guillotine sous laquelle ils disparaîtront les premiers ? Ce qui n’empêchait pas le président de la N-VA de reconnaître implicitement l’émergence d’une identité bruxelloise : Je ne dis pas cela avec grand plaisir. Une sorte d’aliénation se produit dans laquelle les Flamands de Bruxelles agissent de plus en plus comme des Bruxellois flamands. Ceux qui assument la responsabilité ici se tournent souvent vers la Flandre comme moyen de récolter de l’argent. Mais dès qu’ils sont ici à Bruxelles, ils évitent scrupuleusement le mot Flandre. (…) Si vous voulez devenir Bruxellois et que vous rêver d’une identité bruxelloise, sachez que le lendemain vous serez un nain politique.

Cynique, mais lucide, Bart De Wever !

Une enquête réalisée en 2013 par Rudi Janssens, chercheur à la VUB, révélait que 73,9% des Bruxellois souhaitaient l’autonomie en cas de disparition de la Belgique. Seuls 4,6% optaient pour une association avec la Wallonie, et 4% pour avec la Flandre.

En juin dernier, Paul Magnette disait ne pas redouter un éventuel largage des amarres belges par la Flandre : La Wallonie et Bruxelles peuvent parfaitement être viables ensemble. Quand on connaît le gouffre budgétaire dans lequel se trouve la Wallonie, on comprend que les Bruxellois n’aient aucune envie de s’y précipiter…

Pendant ce temps, la célébration des Fêtes de Wallonie fut, pour le ministre-président wallon, Elio Di Rupo, l’occasion de redire son irritation face au dénigrement (le « bashing »…) de la Région auquel s’adonnent certains. Soulignant la résilience de la population wallonne, il entend raviver le débat sur l’identité wallonne (alors que cette identité existe : elle est tout simplement française, de langue et de culture). Il se félicite de l’actuelle dynamique gouvernementale et du nouveau plan de relance (le énième !) qui va permettre à la Wallonie de devenir une Région de référence. Et l’incantation se poursuit :  Les finances publiques sont sous contrôle et la dette, maîtrisée.

Las, ce discours intervient au moment où le Parlement wallon se trouve en pleine tourmente avec l’affaire de son greffier. 

On connaissait déjà le surcoût de la nouvelle gare de Mons (neuf fois l’estimation d’origine). On connaît à présent celui du petit passage souterrain qui permet aux parlementaires de se rendre du parking du Grognon au Parlement (2,1 millions d’euros au lieu des 700.000 initialement prévus).

Pas besoin de « bashing ». Les responsables wallons fournissent eux-mêmes les bâtons pour les battre !

Quant au dernier baromètre politique Le Soir- Ipsos-RTL, il confirme la fracture politique très nette entre le Nord et le Sud : en Flandre, le Vlaams Belang (21,6°) et la N-VA (21,5%) obtiennent ensemble 43,1%. En Wallonie, le PS (22,9%) et le PTB (18,4%) totalisent 41,3%.

Le mal belge apparaît bel et bien incurable…

  1. Dernier ouvrage paru : « La Wallonie, demain – La solution de survie à l’incurable mal belge », Editions Mols, 2019.

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