Editorial de Bernard Demonty, dans « Le Soir » du 5 février 2025
Le Premier ministre nationaliste a joué le jeu des institutions belges, ce mardi. Qu’on ne s’y trompe pas, Bart De Wever et les siens n’ont pas changé : ils détiennent désormais une partie de l’appareil de l’Etat, nul besoin d’en défier les institutions.

Bart De Wever sous le grand lustre de la salle du trône, au Palais, qui entame son discours en français devant les « autorités du pays ». Bart De Wever au pupitre du palais de la nation (belge), bannière noire, jaune, rouge éclatante en arrière-plan, qui décrit de manière presque routinière un programme de gouvernement de compromis, avec ce pragmatisme, ce minimum d’emphase qui fait la marque de fabrique de toute la lignée de ses prédécesseurs. Bart De Wever affirmant son intention de discuter avec les partenaires sociaux, évoquant une politique migratoire humaine, vantant l’importance d’indexer les salaires. Bart De Wever s’exprimant durant une demi-heure sans la moindre évocation d’une réforme de l’Etat. Un record. Sous les applaudissements.
Nous sommes le 4 février 2025, Bart De Wever est le cinquante-quatrième Premier ministre de Belgique. Un Premier ministre comme les autres.
On se pince pour se convaincre qu’on ne rêve pas. Et d’un coup, on se réveille. Parce que non, « on » ne nous l’a pas changé : Bart De Wever est tel qu’en lui-même. Confédéraliste de salon, mais confédéraliste quand même. Sa révolution, il l’a obtenue pas à pas. Ce 9 juin 2024, quand les Wallons et une grande partie des Bruxellois ont délaissé la gauche. MR, Engagés et, derrière eux, des centaines de milliers d’électeurs étaient mûrs pour une limitation dans le temps du chômage, une réforme de l’Etat en soi, qui transfère une bonne part des allocations de longue durée aux CPAS et donc aux communes. La suppression du Sénat, symbole belgicain, il l’a. Les finances, les pensions, la défense, l’asile et la migration, le commerce extérieur au fédéral, il les a. La présidence de la Chambre, il l’a. La fusion des zones de police à Bruxelles, il l’a. Les clés d’une réforme de l’Etat plus grande encore, il les a, il est chargé de la préparer, sans belle-mère francophone. Bart De Wever a obtenu en quelques mois ce qu’il convoitait depuis des années, avec les leviers pour avancer encore.
Ainsi pourvu, quel besoin aurait-il encore de défier, railler, dénigrer, insulter l’establishment belge ? Au risque de menacer le projet qu’il poursuit un peu plus discrètement. Le pays pourrait paradoxalement en récolter quelques fruits. On peut en effet le croire lorsqu’il annonce s’efforcer d’assainir enfin les finances, d’augmenter le taux d’emploi, de financer les pensions, quand il annonce un « col hors catégorie » pour le bien de tous. Tout l’art consistera, pour les francophones, à prendre ce qu’il y a de bon dans ce que Bart Premier propose. Et, pour le reste, on peut s’en remettre au conseil du Roi, ce mardi, dans un discours inhabituellement audacieux, qui dit toute l’importance du moment, qui dit sa vigilance aussi. « La Belgique s’est construite sur le dialogue continu et le compromis, un modèle où le plus fort ne cherche pas à s’imposer à tout prix au détriment de l’autre. Ne l’oublions pas. »