On trouvera ici la traduction de l’analyse de Pieter Bauwens de « Doorbraak » (28 novembre 2020)

La Vivaldi a vu le jour comme étant le gouvernement anti-communautaire. Elle allait refédéraliser et ne croyait pas à la division communautaire. Mais nier la réalité ne la change pas.

« Flamandisation »

« Le Soir » (26/11/2020) a évoqué sans honte une « flamandisation » du gouvernement fédéral. Ils ont discuté avec une vingtaine de témoins – anonymes – qui se sont montrés unanimes.

A l’origine de l’article du « Soir », on trouve les déclarations de David Clarinval (MR), ministre des Indépendants, qui, mercredi, a rompu une lance dans les médias en faveur de la réouverture des commerces. Et ceci juste après l’annonce de cette mesure en France. Les francophones regardent la télé française. Les politiciens francophones aiment copier la politique française.

Mais selon « Le Soir », Clarinval aurait aussi essayé d’imprimer ainsi sa marque sur le comité de concertation d’hier. Car il y a des tensions au sein du gouvernement fédéral. Attention, pas des tensions communautaires, prévient « Le Soir ». Mais il est nécessaire de réexaminer tout cela d’un peu plus près.

Les Flamands dominent

Concrètement, il y a trois accusations. Il y a, en ce concerne la covid, une « concentration de pouvoir dans les mains d’un trio ». Trois Flamands : le Premier ministre Alexander De Croo (Open VLD), le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke (SP.A) et la ministre de l’Intérieur Annelies Verlinden (CD&V).

Les excellences flamandes parleraient surtout avec d’autres Flamands

Deuxièmement, on reproche à ces trois-là  un manque de concertation. C’est surtout le MR qui ne se sentirait pas impliqué. Troisièmement, on se plaint d’une « flamandisation ». Les excellences flamandes parleraient surtout avec d’autres Flamands, s’entoureraient d’experts flamands et seraient davantage intéressés par des mesures flamandes. S’ajoute à cela le fait que de nombreuses notes seraient d’abord ou uniquement adressées en néerlandais. Lors des réunions, on parlerait aussi surtout en néerlandais, poursuit l’accusation.

Connaissance linguistique

Il est vrai, en effet, que la crise est gérée par trois ministres flamands. Et le hasard veut aussi que la plupart des services administratifs concernés soient dirigés par un Flamand. On y parle le néerlandais et on y écrit des notes en néerlandais. L’inverse existe aussi. On a connu, ces dernières années, des services qui ne produisaient que rarement un texte en néerlandais ou traduit de façon exécrable. Voyez ce qui se passe au niveau politique  à Bruxelles.

Le cœur du problème, c’est que beaucoup d’excellences francophones ne connaissent pas suffisamment le néerlandais pour lire les notes en néerlandais et encore moins suivre une discussion. Alors que le néerlandais est une langue officielle dans ce pays. Inversement, tous les politiciens néerlandophones  ne parlent pas couramment le français. Ce n’est pas le cas de De Croo, Vandenbroucke et Verlinden, qui s’efforcent également d’apporter leur message dans les médias francophones. Ce que n’apprécient pas non plus certains politiciens francophones, qui ne sont alors pas sollicités.

La langue des francophones

L’emploi linguistique des ministres francophones a également été abordé cette semaine dans la presse flamande. Il y eut d’abord Mathieu Michel (MR), secrétaire d’Etat à la Digitalisation, qui fit la démonstration de ses capacités en néerlandais. Vint ensuite la déclaration de politique de Sarah Schilz (Ecolo), secrétaire d’Etat à l’Egalite des Chances. Elle ne s’est exprimée qu’en français, avec un interprète en langue des signes. Uniquement en français. Elle était trop stressée pour pouvoir parler le néerlandais au parlement.

Il est aussi frappant de constater que les ministres Ecolo connaissent à peine le néerlandais, alors qu’ils font si grand cas de leur unitarisme

« Het Nieuwsblad » a publié une petite liste dans laquelle il examine la connaissance du néerlandais chez les excellences francophones. Estimation plutôt positive, selon les initiés. Mais il est frappant de constater que les ministres Ecolo connaissent à peine le néerlandais, alors qu’ils font si grand cas de leur unitarisme. Ils forment avec Groen une seule fraction. Dans quelle langue se réunissent-ils, lorsque divers membres de la fraction ne maîtrisent manifestement pas l’autre langue nationale ? Que vaut le belgicisme de belgicistes unilingues ?

Vieux démons

Même pour les journalistes de la rue de la Loi, cela est apparu insensé. Ivan De Vadder (VRT) et son compagnon Alain Gerlache (RTBF) se sont exprimés à ce sujet dans leurs éditoriaux  du « Soir » et du « Standaard ». Ils ont mis en garde contre le réveil des vieux démons.

Chez Hendrik Bogaert (CD&V), ces démons sont bien là. Suite à la suggestion d’Ecolo de mettre rapidement à l’agenda de la Chambre la proposition d’avortement  après l’avis du Conseil d’Etat, il a tweeté : Olé, ça suffit. Ecolo fait le forcing sur l’avortement. On peut travailler correctement avec ce parti. Tant que l’on parle français et que l’on cède.

Je veux toutefois aborder ici la manière de faire la politique de Bogaert. C’est une politique de guérilla socio-médiatique. Tweeter quelque chose et ensuite plaquer tout journaliste qui demande une explication et se taire. Soit vous entamez le débat, soit vous vous taisez et ne tweetez rien. En dehors de cela, tout est contestable.

« Etre francophone et céder », a tweeté Bogaert. L’écho du vieux slogan « Ils nous ont pris la Flandre ». Manifestement, il est toujours ancré dans la mémoire collective francophone. Ce sont de vieilles habitudes qui ne s’usent pas. Les francophones sont censés parler français et les Flamands aussi.

Bien qu’ils soient dans la minorité, ils déterminent quand même l’image du gouvernement

En fait, tout cela est une bonne chose pour les partis flamands du gouvernement De Croo. Bien qu’ils soient dans la minorité, ils déterminent quand même l’image du gouvernement. Dans le gouvernement Di Rupo (2011-2014), l’équilibre était tout autre. Nous avions alors Elio Di Rupo comme Premier ministre, Didier Reynders (MR) aux Affaires étrangères, Joëlle Milquet (CDH) à l’Intérieur et Laurette Onkelinx (PS) comme ministres francophones importants. Ils étaient très présents et donnaient ainsi l’image d’un gouvernement de majorité francophone. Ils étaient aussi d’un autre calibre que les ministres francophones actuels.

La Vivaldi n’échappera pas à la réalité belge en la niant. On n’échappe pas au péché originel belge. Cette équipe de 11 millions de Belges ne se comprend plus.

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