C’est la tendance du Grand Baromètre Le Soir-RTL-Ipsos : le PTB monte en Wallonie, à Bruxelles, en Flandre. La gauche radicale talonne la gauche sociale-démocrate. En Flandre, l’extrême droite se tasse un peu. Les autres partis, dispersés, obtiennent des scores moyens, pas très éloignés les uns des autres.

« Le Soir », Davis Coppi et Martine Dubuisson, 12 mars 2020

Un sondage en pleine crise du covid, relativisons. L’essentiel est ailleurs, d’accord. Pour autant, le Grand Baromètre saisonnier Le Soir-RTL-Ipsos rend compte de l’état de l’opinion dans cette séquence hors norme, et hors contrôle à certains égards. Quelles leçons tirer dans cette mesure ? Trois, croit-on.

Le PTB progresse partout, ça chauffe à gauche

Le parti de gauche extrême, d’extrême gauche, communiste, si l’on veut, grappille des pourcents dans les enquêtes Ipsos avec désormais une belle régularité. Ce qui indique, pour le moins, s’il y avait un doute, qu’il est bien « installé » dans le paysage politique belgo-belge, versant francophone tout particulièrement.

Or donc, en Wallonie, avec 19 % des intentions de vote, le PTB prend 1,8 point de pourcentage par rapport à notre précédent baromètre de décembre 2020, et 5,2 en regard des élections de mai 2019. A Bruxelles, avec 16 % des intentions de vote, il fait 0,9 point de mieux qu’en décembre, et en gagne 3,7 par rapport aux suffrages décrochés en 2019. Pour compléter : le PVDA (PTB maison) recueille 8,2 % d’intentions de vote en Flandre, contre 6,5 % dans l’enquête Ipsos de décembre, et 5,6 % des voix aux élections législatives.

Bref, le rouge pourpre est mis. Il est tendance.

Inutile de dire que les premiers concernés, en creux si l’on peut dire, sont les socialistes, qui voient la gauche radicale, ennemie-adversaire historique, menacer de les déborder. PS et PTB, à Bruxelles comme en Wallonie, évoluent dans une fourchette restreinte, inférieure à la marge d’erreur, qui est de 3 % environ, ce qui laisse accroire que l’impensable (il n’y a pas si longtemps) n’est plus exclu, à savoir le grand dépassement au classement général.

Comment ? Pourquoi ? Aux affaires, aux responsabilités, comme on dit, le PS n’est pas épargné par la défiance populaire (en vérité) ou citoyenne (le terme dominant) vis-à-vis des gouvernants et des institutions en général ; certainement pas au moment où, des Régions à l’Europe en passant par le fédéral, la gestion de la lutte contre pandémie, de la vaccination a fortiori, laisse perplexe.

Ceci aussi, en parallèle : le PS a toutes les difficultés à dominer encore à gauche culturellement, où le PTB s’affirme. Ou encore : la social-démocratie, perçue historiquement à la fois comme une force stabilisatrice et une force de changement en Europe, s’éteint sur les deux tableaux en même temps, le second en accéléré. Sauve qui peut ? Pas de panique. Mais si vous ajoutez à cela la bonne tenue des verts (premiers à Bruxelles) côté progressiste, le Boulevard de l’Empereur a de quoi s’interroger, et mobiliser ses spin doctors en tout genre. Ajoutez : Raoul Hedebouw se rapproche désormais de Paul Magnette et d’Elio Di Rupo en termes de notoriété en Wallonie et à Bruxelles, et les devance même lorsque l’on demande aux gens de désigner celle ou celui qui les représente le mieux…

La montée en puissance du PTB pose, en fait, doublement question à gauche, dont celle-ci : en additionnant les intentions de vote en faveur du parti de Peter Mertens et Raoul Hedebouw, du PS et des verts, on obtient 51 % des intentions de vote à Bruxelles, et… pas moins de 58,3 % en Wallonie. Un bloc des gauches impressionnant, unique en son genre en Europe, et parfaitement inopérant cependant, qui ne se reflète en rien dans les majorités gouvernementales. Il en résulte un terrible angle mort dans notre vie politique, décalée et morcelée. Qu’en pensent les politologues ?

Ça se resserre entre N-VA et Vlaams Belang, ça se dispute à droite

En Flandre, le parti de Bart De Wever semble avoir enrayé sa chute, quasi constante depuis les élections de mai 2019 (à l’exception de notre baromètre d’octobre 2020), se stabilisant à 20 %, contre 19,9 % dans notre sondage de décembre dernier. Mais loin de son score électoral de 25,5 % voici près de deux ans. Ce qui se traduirait, si les élections avaient lieu aujourd’hui, par une perte de 5 de ses 25 sièges à la

Parallèlement, le Vlaams Belang, lui, entame (?) une descente qui ne s’était que légèrement marquée depuis un an, passant en trois mois de 26,3 % à 23,6 %, soit une baisse de 2,7 points, à la limite de la marge d’erreur (de 3,2 %). Un signal pour l’extrême droite flamande, qui avait progressé de sondage en sondage durant un an après le scrutin de mai 2019, pour commencer à s’éroder ensuite, et chuter plus sévèrement cette fois. Mais un score malgré tout nettement au-dessus de celui que les électeurs lui avaient accordé en 2019 : + 4,9 points.

Mais, en fait, cette baisse ne profite pas aux nationalistes, plutôt au PTB dans l’opposition (+ 1,7 depuis notre dernier baromètre), au CD&V et à l’Open VLD dans la majorité (près d’un point chacun), même si c’est de façon peu significative (car on est là dans la marge d’erreur). Ces deux partis remontent tout de même depuis l’installation du gouvernement Vivaldi.

Le SP.A, au pouvoir au fédéral aussi, se tasse par contre (– 1,3, une baisse de l’effet Conner Rousseau ?), tout en étant au-dessus de son score électoral de 2019, contrairement au CD&V et à l’Open VLD – mais tant la hausse que les baisses sont légères, entre 0,5 et 1,5 point, les trois partis se tenant d’ailleurs dans un mouchoir.

Les verts de Groen sont, quant à eux, stables par rapport à notre dernier sondage, mais également en dessous de leur niveau électoral de 2019.

Les partis « tradi » mi-figue, mi-raisin, ça coince au centre

On a évoqué déjà le positionnement du PS, problématique. Le MR, pour sa part, progresse légèrement à Bruxelles eu égard au dernier baromètre (+ 1,4 point des intentions de vote), tout en restant en dessus de son score (moyen) aux élections de mai 2019, et fait montre d’une grande stabilité en Wallonie (20,1 % aujourd’hui, 20,6 % en décembre dernier, 20,5 % aux élections). Georges-Louis Bouchez n’est pas du genre à se satisfaire de ces scores rassurants très relativement – d’autant qu’il ambitionne… 30 % des voix francophones.

Ecolo, de son côté, diminue à Bruxelles (avec 18, 2 %, il reste en tête du classement en Région-Capitale), et monte en Wallonie (16,5 %), par rapport au baromètre de décembre (15,6 %) comme aux élections de mai 2019 (14,9 %). Jean-Marc-Nollet peut se réjouir de voir les verts bien tenir le coup alors qu’ils participent au pouvoir à tous niveaux, ce qui n’est pas négligeable, mais enfin, ce n’est pas la vague genre « monde d’après », ce qui pose question.

A noter que ces trois partis, on l’a indiqué, connaissent des sorts et tendances différents en Wallonie et à Bruxelles, ce qui donne à voir des paysages politiques sensiblement différents non seulement entre nord et sud mais aussi entre sud et sud, ce qui n’est pas vraiment nouveau mais, vu les possibles tensions institutionnelles Wallonie-Bruxelles, peut le devenir.

On n’oublie pas le CDH et Défi, sauf que les deux formations, à commencer par les centristes-humanistes, ont bien du mal à se distinguer dans cette législature pandémique où ils évoluent dans l’opposition à côté du dominant PTB. Orange et amarante se manifestent dans la crise (on voit et on entend Maxime Prévot et Catherine Fonck au CDH, François De Smet et Sophie Rohonyi pour Défi), mais les uns et les autres, à suivre Ipsos, « marquent » peu l’opinion publique à ce stade. Le CDH repasse même sous le seuil électoral dans la capitale, et reperd des plumes en Wallonie, après une remontée depuis un an.

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