Jules Gheude
Essayiste politique

Une partie subtile est engagée, qui pourrait bien mettre la Belgique « échec et mat! », souligne l’essayiste Jules Gheude.

Septembre 2020. Le ministre-président Elio Di Rupo le reconnaît : « Le déficit budgétaire de la Wallonie est abyssal! ».

Aujourd’hui, après la colère des eaux, on se sait plus à quel saint se vouer. La reconstruction s’avère colossale, mais « on fera le nécessaire, quoi qu’il en coûte ».

Bart De Wever

Ce « quoi qu’il en coûte » avait déjà été utilisé par le président français, Emmanuel Macron, pour venir à bout de la crise sanitaire.

Les emprunts vont donc aller bon train. Heureusement, s’empresse-t-on d’ajouter, que les taux d’intérêt sont particulièrement bas

Il n’empêche que les ardoises gonflent et qu’il faudra bien, un jour, les rembourser. L’Allemagne le fera en un temps relativement court. Pour les autres pays, cela s’étalera sur des décennies.

Pour la Wallonie, s’ajoute à cela la suppression progressive des transferts financiers en provenance de Flandre : quelque 7,5 milliards d’euros par an au minimum !

On peut imaginer que, dans ces circonstances, le ministre wallon du Budget, Jean-Luc Crucke, doit avoir des nuits particulièrement agitées.

Bien qu’elle dispose, depuis la mise en place de la régionalisation en 1980, d’outils de plus en plus nombreux, qu’elle a d’ailleurs elle-même souhaités, force est de constater que la Wallonie ne parvient pas à opérer son redressement économique.

Pour la Flandre, l’explication se trouve dans une gestion qui, de façon quasi ininterrompue, a porté le sceau de la gauche. En 40 ans, la ministre-présidence de la Wallonie aura été confiée 14 fois au PS. Impossible, avec l’épée de la FGTB dans les reins, d’appliquer les réformes nécessaires qui s’imposent et de stimuler l’esprit d’entreprise qui, seul, par le biais de PEM innovantes et dynamiques, peut relancer la croissance.

L’ancien patron de l’Awex, Philippe Suinen, un PS qui fut chef de Cabinet d’Elio Di Rupo, l’a lui-même reconnu : « Le plus grand danger pour la Wallonie, ce sont les grèves! ». Une étude du CRISP portant sur l’année 2017 a ainsi révélé 110 jours de grève en Wallonie, contre seulement 39 en Flandre.

Il faudrait donc que la Wallonie change radicalement de mentalité et que la gauche s’adapte en cessant de penser qu’un entrepreneur privé est néfaste en soi parce qu’il incarne le capitalisme.

Les responsables politiques devraient aussi s’interroger sur la désaffection de plus en grande des citoyens envers eux et qui a inévitablement pour conséquences de conforter les extrêmes. Ce n’est certes pas le spectacle que leur offre la coalition Vivaldi, tiraillée de toutes parts, qui pourra restaurer la confiance !

D’une façon générale, la démocratie est menacée dès que les partis qui ont été le plus plébiscités se retrouvent finalement dans l’opposition. C’est notamment le cas, en Flandre, avec une N-VA et un Vlaams Belang frappés d’exclusion.

On sait que le programme de la Vivaldi prévoit la préparation d’une nouvelle réforme de l’Etat pour 2024. Au train où vont les choses et avec les nombreux écueils qui l’attendent, on peut d’ailleurs objectivement douter que la coalition pourra se maintenir jusqu’à cette échéance.

Toujours est-il que, du côté de la N-VA, les déclarations se multiplient quant à la manière de concevoir la nouvelle structure de l’Etat.

A quelques jours d’intervalle, le président Bart De Wever vient d’ailleurs de dire tout le bien qu’il pensait d’une éventuelle intégration de la Flandre au sein du Royaume des Pays-Bas, en soulignant l’essor économique qui en résulterait, notamment avec la fusion des ports d’Anvers et de Rotterdam.

Dans une récente analyse publiée sur le site de « Doorbraak », Frans Crols, l’ancien rédacteur en chef de « Trends » estime que Bart de Wever « a raison à 100% ». Et de citer, par le menu, les multiples coopérations flamando-néerlandaises qui ont déjà vu le jour et qui ne vont cesser de se multiplier. Coopérations associant notamment des villes et régions, avec leurs centres universitaires oeuvrant de concert avec le monde de l’entreprise. Atouts majeurs également avec la coopération maritime.

Frans Crols rappelle ici la contribution importante de la Flandre à l’essor considérable qu’ont connu les Pays-Bas au 16ème siècle.

Et de conclure : « Bart De Wever doit raconter régulièrement à nos voisins du nord (qui le sont encore provisoirement) à quel point les Flamands et les Brabançons du Nord ont joué un rôle fondamental dans le succès de l’Age d’Or des Pays-Bas du Nord. Les Néerlandais ne connaissent pas cette partie de leur histoire. »

Jusqu’ici, Bart De Wever s’était présenté en républicain, souhaitant, à terme, l’application de l’article 1er des statuts de son parti : « L’émergence d’une République flamande au sein de l’Europe ». Et seul l’introduction d’un confédéralisme à deux Etats (Flandre et Wallonie) cogérant Bruxelles, était susceptible pour lui d’atteindre l’objectif final de « manière évolutive ».

On peut, dès lors, se demander ce qui l’amène aujourd’hui à modifier radicalement son discours.

Comme il n’est jamais irréfléchi, on peut supposer que la sortie de ses dernières déclarations n’a pas été faite sans contacts informels préalables aves d’éminentes personnalités néerlandaises.

Pour rappel, Jean Gol était arrivé, comme François Perin, à la conclusion que les coups de bélier du nationalisme flamand finiraient par faire s’effondrer la maison Belgique et que seule une intégration à la France serait susceptible de garantir à la Wallonie un avenir pérenne. Il s’en était ouvert à Paul-Henry Gendebien, alors Délégué général de la Communauté française à Paris, lequel a rapporté l’entretien dans l’un de ses livres, concluant : « Dans la semaine qui suivit, j’appris de bonne source que Jean Gol avait eu – ce jour-là et le lendemain – des rencontres avec des personnages qui n’étaient pas rien dans la politique française. »

On ne s’embarque jamais dans une grande aventure sans biscuits…

Pour en revenir à Bart De Wever, il faut aussi noter son opposition radicale à coopérer avec la Vlaams Belang, même si, avec celui-ci, une majorité absolue pouvait se dégager au sein du Parlement flamand, permettant de proclamer unilatéralement l’indépendance de la Flandre; « Le Vlaams Belang veut une démarche révolutionnaire à la catalane, dont on sait ce qu’il est advenu ».

A une République flamande, dont rien n’est sûr quant à sa reconnaissance sur le plan international, le patron de la N-VA préfèrerait donc une intégration au Royaume des Pays-Bas. Nul besoin alors pour la Flandre de solliciter son adhésion à l’Union européenne ainsi qu’aux grandes organisations internationales.

Mais peut-être ce ballon d’essai néerlandais n’est-il finalement qu’un moyen de pression pour amener les responsables francophones à lâcher du lest et à accepter l’option confédéraliste. Car Bart De Wever a aussi déclaré qu’il espérait conclure un accord institutionnel avec le PS en 2024: « Si vous voulez rester dans le légalisme, si vous voulez un jour rendre le pays à nouveau gouvernable depuis la Flandre avec un accord, alors vous devrez en passer un avec la gauche wallonne. »

Une partie subtile d’échecs est engagée, qui pourrait bien mettre la Belgique « échec et mat! »…

(1) Dernier livre paru : « La Wallonie, demain – La solution de survie à l’incurable mal belge », Editions Mols, 2019.

Un commentaire

  1. LE MINISTRE-PRÉSIDENT ELIO DI RUPO LE RECONNAÎT : « LE DÉFICIT BUDGÉTAIRE DE LA WALLONIE EST ABYSSAL! ».
    Voilà l’unique « joker » de la Flandre nationaliste face à la Wallonie gaucho-belgicaine. « A chaque Ecu prêté, Bart De Wever pourra réclamer une avancée institutionnelle à Paul Magnette. En Belgique, contrairement à l’ Allemagne (sauf erreur de ma part) à partir de 2024, plus rien n’oblige la Flandre à soutenir la Wallonie ni directement ni par le biais du tout aussi impécunieux Etat belge. Qui vivra, verra et rira jaune !

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