Article de David Coppi dans « Le Soir » du 20 octobre 2021

Les réseaux sont dormants, mais les rattachistes y croient à nouveau : la Wallonie en France. Au passage, Paul-Henry Gendebien publie une autobiographie fournie, « Mon séjour dans la fosse aux lions de la politique belge », qui redonne le ton.

La Wallonie en France, c’est demain la veille ? Nos rattachistes, il en reste, on y vient, ne croient pas forcément au sens de l’histoire (du reste, les marxistes, qui y croient, eux, voient revenir au contraire la Belgique unitaire, c’est la nouvelle ligne de com revival des PTBistes), mais ils se disent que, peut-être, allez comprendre, l’histoire a un sens au moins par intermittence, entre deux séquences aléatoires. Alors, jamais sûrs mais convaincus, plusieurs – car ils sont plusieurs, quand même – se disent qu’elle va droit, que c’est le momentum, ou que ça y ressemble. Soyons fous : il y aurait une fenêtre pour le rattachement à la France.

Prenez Paul-Henry Gendebien, rencontré mercredi midi avec quelques journalistes. Auteur d’un ouvrage autobiographique documenté où il revisite près d’un siècle d’histoire politique en Belgique (« Mon séjour dans la fosse aux lions de la politique belge »), l’ancien président du Rassemblent wallon dans les années septante, délégué de la Communauté Wallonie-Bruxelles à Paris dans les années quatre-vingt, fondateur du « Rassemblement Wallonie-France » en 1999, s’interroge gravement à propos du pays après 2024, les élections, l’annoncée réforme de l’Etat, la Belgique en sursis, à nouveau. Son « Rassemblement Wallonie-France » est désactivé pratiquement depuis plusieurs années – un site subsiste –, mais le rêve dure, car le « fédéralisme de dissociation », comme il l’appelle, est avancé, et le « grand malentendu » continue, selon lui : « La Wallonie voit dans le fédéralisme un aboutissement, alors que la Flandre considère qu’il n’est qu’une étape vers son émancipation », d’abord dans le cadre d’un confédéralisme ad hoc, puis, dans un second temps, sous la forme d’un Etat indépendant.

Pas un proche (les rattachistes vivent séparés) mais à peu près sur le même registre, Jules Gheude, une mouvance à lui tout seul (avec son Gewif, Groupe d’études pour la Wallonie intégrée à la France), biographe de François Perin, chroniqueur régulier désormais dans les médias au sud comme au nord, militant wallon, appelle lui aussi infatigablement, plus fort encore depuis quelque temps, à préparer ses valises pour la France. Toujours le présumé momentum, la « fenêtre ».

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Les rattachistes ont des arguments, sans forcer, il suffit de se pencher. Comme tout le monde, ils voient une Flandre où prospèrent les droites nationaliste et extrême ; un Etat fédéral où la loi de financement programme une diminution par étapes des transferts de solidarité nord-sud à partir de 2025 ; un gouvernement fédéral qui se mobilise extrêmement timidement en juillet-août dernier lorsque les inondations ravagent le sud du pays, son pays ; et qui… « prête » 1,2 milliard d’euros à la Wallonie exsangue après la catastrophe, il faut dire merci. Au passage, mercredi midi, autour de la table, un journaliste juste francophile, Christophe Giltay pour ne pas le nommer, signale « pour info » que l’article 88 de la Constitution de la Cinquième République ouvre à de possibles associations. Au cas où. Sans blague.

Un commentaire

  1. L’Incurable mal wallon sous le scalpel de Valmy.
    « Voilà le berceau de toutes nos guerres! » se serait exclamé Louis XV devant le tombeau de Marie de Bourgogne, épouse de Maximilien de Habsbourg, d’Autriche.
    Par la rapacité des prédateurs bourguignons le Hainaut ,Namur et le Luxembourg s’engloutirent à jamais dans le marais des Pays-Bas.
    Les guerres de religions du 16e siècle offrirent une opportunité de division territoriale des Pays-Bas, étonnemment déjà sur base linguistique.
    L’Union d’Utrecht devenait une proto- nation néerlandaise homogène, à l’exception de la protestante Tournai.
    L’Union d’Arras se révélait totalement wallonne. Hélas, les armées espagnoles brisèrent le rêve de Guillaume d’Orange qui ne put « Maintenir » et reprendre les provinces mériodionales, aujourd’hui la Région Flandre.
    A ce malheur s’ajouta la médiocrité des seigneurs wallons, laïcs comme religieux, de l’Union d’Arras qui préférèrent le joug habsbourgeois pour conserver des « privilèges » sonnants et trébuchants. Le Bon Roi Henri IV se donna pour objectif de reprendre à l’Espagne tous les territoires wallons (Principauté de Liège exceptée) aux Habsbourg. Il fut assassiné. Ce fut un échec.
    Espérant l’aide de Richelieu, lequel poursuivait la politique d’Henri IV, une minorité de « rattachistes », les comtes d’Hegmont et de Henin, les princes d’Epinoy, de Barbançon et d’Arenberg, le duc de Bournonville formèrent une ligue wallonne.
    Leur tentative de bouter les Espagnols hors des territoires wallons fut un échec.
    Par la suite, au 17e siècle, Richelieu et Mazarin tentèrent d’arracher les Wallons à l’Espagne mais sans succès.
    Louis XIV réussit pour partie à reprendre l’Artois, le Cambraisi et l’Avesnois.
    Au 18e siècle, Louis XV prend le Hainaut et retrouve Tournai, « le berceau de la France » et les « gentils loyaux Français » de Jeanne d’Arc.
    Il prend aussi Namur mais pas le Luxembourg. « Bête comme la paix », Louis XV rend ses conquêtes. Encore un échec; tout çà pour çà.
    Il fallut attendre Dumouriez à Jemmappes (1792), puis l’Heureuse Révolution Liégeoise et la Convention nationale liégeoise (1793) pour réussir l’union à la France.
    Et enfin la victoire de Fleurus pour parachever la libération de nos terres wallonnes.
    Sous Napoléon 1er, les Wallons vivaient au sein de la Nation mais, à l’exception des Liégeois, ils accueillirent plus le changement qu’ils ne l’activèrent. Depuis le drame de 1814, le malheur de1815 et l’ineffable « opéra » de 1830, les Wallons, majoritairement, participent à la survie de la « petite Belgique ».
    Certes, il y eut et il y a encore des sursauts mais toujours dans le cadre « belge ».
    Or, des réseaux rattachistes s’activent et bien des leurs donnent de la voix et « sonnent le tocsin », depuis un siècle, mais la population demeure tétanisée.
    Comment prendre le cap de la liberté quand les pseudo-élites et les syndicalistes indiquent toujours l’attentisme et la mauvaise direction, comme les prédécesseurs de l’Union d’Arras, pour d’abjectes questions de privilèges.
    Le Mouvement flamand avance, il n’a jamais fébli (chapeau !) mais ses victoires anesthésient la volonté émancipatrice du peuple flamand.
    Les Flamands vivent en Belgique les « délices de Capoue » au point que les partis nationalistes peinent à les stimuler vers l’indépendance de leur nation.
    Hélas, les Wallons ne les pousseront pas en ce sens.
    Les wallons attendent « le messie de leur libération. NAVRANT.

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