7sur7- 5 août 2023

L’essayiste politique belge Jules Gheude, fervent militant du rattachisme, s’est exprimé dans une large tribune publiée sur le site français Marianne.
Jules Gheude n’en est pas à son coup d’essai et s’était déjà fendu d’une tribune tout aussi militante en mai 2022 dans les colonnes du Monde. En 2010, il avait publié un ouvrage intitulé “Le petit guide pour l’après-Belgique” dans lequel il analysait les différents aspects d’une intégration, inévitable selon lui, de la Wallonie à la France. Le timing n’est sans doute pas anodin, au lendemain du long entretien accordé par Bart De Wever à la chaîne d’information LN24. Le président de la N-VA plaidait à nouveau pour le confédéralisme et décrivait un pays définitivement divisé en “deux sociétés séparées” qui, de surcroît, “vont dans des directions opposées”. En effet, la Flandre vote à droite (N-VA), voire à l’extrême droite (Vlaams Belang) pendant que la Wallonie s’ancre à gauche (PS) et à l’extrême gauche (PTB). Deux régions, deux langues, deux cultures, deux idéologies, deux peuples qui s’éloignent et se désintéressent progressivement l’un de l’autre. Vers un divorce inéluctable ?
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Jules Gheude en est plus que convaincu. “Si, au lendemain des élections législatives et régionales du 9 juin 2024, le roi Philippe se met à courir après un gouvernement introuvable, rien ne pourra empêcher les deux formations indépendantistes flamandes (la N-VA et le Vlaams Belang) de constituer une majorité absolue au sein du Parlement flamand pour proclamer unilatéralement l’indépendance de la Flandre. Les sondages actuels confirment la faisabilité d’un tel scénario. L’absence de tout pouvoir central fort à Bruxelles ne permettrait pas d’empêcher le divorce belge (contrairement à Madrid lors de la proclamation d’indépendance de la Catalogne). Et l’Union européenne n’aurait d’autre choix que d’acter le fait”, argumente-t-il.
Rattachement Wallonie-France
Dans le cas d’une séparation forcée, les frontières régionales actuelles délimiteraient les futurs nouveaux États, avec, évidement, l’éternelle inconnue quant au sort de la région bruxelloise. Très majoritairement francophone mais enclavée en Flandre, dont elle est également la capitale, Bruxelles pourrait finalement décider, selon Jules Gheude, de prendre elle aussi son indépendance. Il n’est en revanche pas très optimiste sur les capacités financières de la Wallonie à survivre seule à l’après-Belgique. Elle n’aurait alors, estime-t-il, d’autre choix que de se tourner vers la France. Un scénario rattachiste validé en son temps par le général de Gaulle mais aussi, plus récemment, par de nombreuses personnalités politiques de l’hexagone, dont Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan.
Inquiétude française
Jules Gheude rappelle que lors de la crise politique belge de 2010-2011 et ses fameux 541 jours sans gouvernement de plein exercice, la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française avait envoyé deux de ses membres en mission en Belgique. Leur rapport avait souligné “des clivages profonds”, “deux sociétés différentes”, mais une rupture surtout axée désormais sur le “terrain économique et social”, et non plus principalement d’ordre linguistique. Depuis lors, ce fossé entre la Flandre et la Wallonie “n’a cessé de se creuser”, juge-t-il. Or, la “faisabilité” du projet Wallonie-France a été “confirmée par le constitutionnaliste français Didier Maus”. Elle permettrait à la Wallonie de “conserver l’essentiel de ses prérogatives actuelles” : “Il serait parfaitement plausible de créer dans la Constitution française un titre spécial ‘De la Wallonie’, qui contiendrait une mini-constitution sur mesure pour cette région. Il en découle que, sur le fondement de cette mini-constitution, il serait parfaitement réalisable de conserver en l’état, du moins pour l’essentiel et pour une durée à déterminer, le droit belge du travail, celui de la sécurité sociale et certains droits connexes, des pans du droit fiscal, le droit des affaires, du commerce, etc. La Région wallonne, et aussi la Région bruxelloise, si la question était posée, conserveraient les compétences qui sont aujourd’hui les leurs, y compris le système éducatif, avec l’enseignement supérieur. Ce ne serait pas une difficulté de faire de la sorte puisqu’il en est déjà ainsi, même si c’est avec moins d’ampleur, dans certains territoires français”, développe Didier Maus.
Selon Jules Gheude, un double référendum serait proposé aux Français et aux Wallons en guise d’ultime étape pour valider un accord politique franco-wallon élaboré au préalable. Au cours de son histoire, la Wallonie ne fut française que durant vingt ans, de 1794 à 1814. Elle a néanmoins conservé une proximité culturelle indéniable avec son voisin du sud.