Sur le site de « Doorbraak », Pieter Bauwens se penche à son tour sur option d’une Belgique à 4 Régions.

En fait, rectifie-t-il d’entrée de jeu, il s’agit d’une option à 4 + 1, car l’échelon fédéral « belge » continuerait d’exister.

A première vue, « une simplification qui sonne bien, Mais… »

Et de rappeler les déclarations du président du PS, Paul Magnette. La RTBF ou l’ULB ne seront pas obligées de déménager (de Bruxelles) et les enseignants doivent pouvoir continuer à faire la navette entre les écoles wallonnes et bruxelloises. Magnette ne veut en fait pas renoncer à cette Fédération Wallonie-Bruxelles.

La même chose vaut du côté flamand. L’enseignement flamand à Bruxelles est l’enseignement de qualité dans la capitale. La VRT y est implantée et Bruxelles est aussi la capitale de la Flandre et le siège du gouvernement et du parlement flamands. Tout cela parce que la Communauté flamande est également très active à Bruxelles.

On vient à peine de débuter la discussion qu’on s’écarte déjà de la simplification promise. Les Communautés sont supprimées. Mais pas tout à fait. Une structure belge n’est manifestement pas possible sans coteries.

C’est ici que survient la redoutée créativité belge. Elle mène au surréalisme ou à un labyrinthe étatique. Lors du débat en ligne, quelqu’un a suggéré que la Flandre et la Wallonie pourraient continuer à administrer les règles et le financement de, par exemple, l’enseignement, mais d’en laisser l’exécution aux Bruxellois.

C’est une loi de la politique belge. Toute discussion communautaire se termine par une demande de Bruxelles pour davantage d’argent Sven Gatz (Open VLD) s’est ici distingué, certes en tant que Bruxellois néerlandophone.  Comme un vrai libéral contemporain de la ville, il enchaîne les mots à la mode qui ne veulent rien dire.

La question, aujourd’hui, n’est pas de savoir si la Flandre lâche Bruxelles. Elle est de savoir si Bruxelles veut se détacher de la Flandre. La loyauté des politiciens bruxellois flamands réside davantage à Bruxelles qu’en Flandre. Fort bien. Je me demande seulement pourquoi cela doit être emballé dans un nuage de paroles creuses. Si cette nouvelle Bruxelles qu’ils souhaitent doit voir le jour, alors il n’y aura plus – officiellement –  de place pour le néerlandais. C’est déjà le cas aujourd’hui, mais les lois linguistiques seront alors supprimées. Dans la délicieuse « Bruxelles nouvelle », chacun est plurilingue. C’est la joie !

Re-Bel a trouvé assez d’académiciens pour faire la richesse de Bruxelles. C’est ainsi qu’on retrouve à nouveau sur la scène : l’exigence bruxelloise de lever les impôts sur le lieu de travail et non sur le lieu d’habitation. Comme si tous ces navetteurs emmenaient avec eux leurs enfants à l’école dans leur ville de travail et s’y faisaient soigner. Comme si les navetteurs ne généraient pas de revenus : ils n’achètent rien à Bruxelles. Ils n’y boivent et n’y mangent rien. Ils n’entraînent que des coûts.

Comme si les autres entités fédérées se souciaient aussi de lever les impôts sur cette base. Quel en  serait d’ailleurs l’impact sur l’entité germanophone ? En fait, c’est simple : Bruxelles ne peut pas se permettre d’être une entité fédérée propre.

Si nous voulons débattre sans tabous, il y a encore une solution au problème bruxellois. Bruxelles comme ville bilingue en Flandre. On peut déjà faire des économies à un niveau politique.

La région peut devenir une ville avec des districts, comme Anvers. La ville est ainsi rattachée à son hinterland. Nul besoin pour cela de recourir à des constructions financières et compliquées (qui ne résolvent rien). La Flandre invite Bruxelles !  Quel projet fédérateur ! Vraiment quelque chose pour la Vivaldi.

Bruxelles n’est pas le seul problème. Quelqu’un a demandé quelle serait la légitimité et la portée financière de la Belgique germanophone dans cette construction « à 4 ». Cela fait ressurgir le côté surréaliste de la proposition. La Belgique est un pays de 11,5 millions d’habitants. La diviser en entités d’environ 6,5 millions (plus de 50%), 3,5 millions (environ un tiers), 1,3 million (environ 10%) et 100.000 habitants (moins de 1%).  Si vous comptez Bruxelles dans la Flandre, c’est encore plus fou.

La discussion évite l’éléphant dans la pièce : les composantes de ce pays ne cessent de s’éloigner l’une de l’autre. Voilà le problème ! La construction complexe est née pour faciliter l’éclatement de la Belgique et en même temps pour éviter que cet éclatement ne se produise. Qui pour vraiment croire qu’une circonscription unitaire ou une Belgique à quatre refermera la fissure ?

André Alen, constitutionnaliste et ancien combattant de plusieurs réformes de l’Etat, a fort bien présenté les choses : établissez d’abord une liste de ce que vous voulez encore faire ensemble. Alen entend par là : mettez-vous d’accord sur la direction à prendre. Aujourd’hui, on règle les problèmes ad hoc dans des réformez de l’Etat, avec seulement la logique du compromis.

La liste d’Alen est facilement reconnaissable : la défense, la politique étrangère, les accises et la TVA, la nationalité, la politique d’asile, la police fédérale et la dette nationale. Les difficultés, il les voit dans les soins de santé, la justice et la sécurité sociale.

Alen jette ainsi une bouée de sauvetage pour la Belgique. Il conseille de prendre le temps d’y réfléchir. Si un accord ne peut être trouvé quant à cette liste, qu’est-ce qui nous relie encore ? Quel projet belge commun y a-t-il encore ?

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