Jules Gheude

Ce fut à nouveau la foire d’empoigne lors de la séance plénière de la Chambre du jeudi 5 novembre 2026, alors que le Roi achevait ses consultations avec les présidents de parti de la majorité avant de se prononcer sur la démission du Premier ministre.

Dans son intervention, François De Smet, député de DéFi résuma fort bien le côté surréaliste de la situation :

Monsieur le Premier ministre, quand ce cirque prendra-t-il fin? Je crois que c’est la question que les citoyens se posent. Nous voici avec un Premier ministre nationaliste flamand, républicain, contraint d’utiliser le Roi, davantage sans doute que tous ses prédécesseurs, pour tenter de convaincre des présidents de partis de bien vouloir mettre un peu d’eau dans leur vin.

Alors qu’il s’était déclaré farouchement opposé à un nouveau    u recours aux douzièmes provisoires, Bart De Wever a annoncé :

Dimanche soir dernier, lors d’une réunion du comité restreint de notre gouvernement, j’ai constaté que nous ne parviendrions pas à présenter dans les délais un budget pluriannuel complet et satisfaisant. Cela signifie que, pour la deuxième année consécutive, nous devrons recourir au système des douzièmes provisoires, au moins durant les premiers mois du prochain exercice budgétaire.

Il ne faut pas chercher à minimiser la situation : pour le gouvernement, il s’agit d’un échec cuisant. Etant donné que je dirige ce gouvernement, j’ai dès lors présenté ma démission au Roi lundi. Celui-ci l’a pour l’instant mise en délibéré.

Le lendemain, 6 novembre 2026, Bart De Wever voyait sa démission refusée par le Roi. Le communiqué du Palais précise :

 Sa Majesté le Roi a reçu le Premier ministre Bart De Wever en audience au Palais royal. À l’issue de ses entretiens avec les présidents des cinq partis de la majorité, le Roi a pris acte de la volonté de chacun d’entre eux de conclure les négociations budgétaires dans les meilleurs délais. Tous ont réaffirmé leur détermination à parvenir à un accord sur une trajectoire budgétaire solide pour les trois prochaines années.

Le Roi a également recueilli des cinq présidents l’engagement formel que leur parti est prêt à faire des concessions afin de parvenir à un accord au sein du gouvernement. Le Roi a insisté sur la nécessité de trouver un juste équilibre entre la préservation de la cohésion sociale et la stimulation de la croissance économique. Chaque président s’est engagé à faire prévaloir le sens du compromis et des responsabilités afin d’y parvenir.

Sur la base de ces constatations, le Roi a décidé de refuser la démission du Premier ministre et lui a demandé de reprendre les négociations budgétaires dès à présent. Le Premier ministre fera à nouveau rapport au Roi le lundi 16 novembre.

Tout ceci confirme une chose : en Belgique, ce sont les présidents de parti qui gouvernent. Ils ont tout envahi.

Souvenons-nous, à ce propos, de ce qu’avait écrit François Perin, en 1960, dans son essai « La Démocratie enrayée » :

On ne peut éliminer l’influence des partis sur la formation d’un gouvernement. (…) Mais, le gouvernement étant constitué, les partis, pendant la durée de la législature, ne doivent plus pouvoir tenir leur existence à leur merci. L’indépendance des gouvernements à l’égard des partis doit donc être plus grande qu’actuellement. Nous croyons que c’est indispensable. (…) Dans notre conception de la démocratie, un parti n’est pas un instrument du pouvoir, mais c’est une association d’hommes libres qui inspire et critique le pouvoir. Le sort de la démocratie est dans les mains des partis politiques. Ceux-ci comprendront-ils à temps que le régime actuel conduit le pays dans une impasse et que leur intérêt même est d’adapter une réforme énergique qui leur permettra de sortir de l’ornière.